Air du temps

Le gluten nous rend-il tous malades ?

De plus en plus de personnes adoptent un mode de vie «gluten free». Gare aux carences en fibres et en vitamines, dénoncent les professionnels de la santé.
Alimentation Nutrition Sécurité alimentaire

Archive · 25 février 2014

Photo: Jean-Luc Barmaverain

L’intolérance au gluten se multiplie-t-elle comme des petits pains ces dernières années ou, pour utiliser une analogie météorologique soufflée d’outre-Atlantique, s’agirait-il plutôt d’un ressenti? Pour les spécialistes, difficile de répondre avec simplicité à cette question.

Faute de statistiques, d’une part, mais aussi en raison des changements de mentalité, d’autre part. «Si on ne cherche pas une maladie, on ne la trouve pas», résume ainsi Paul Wiesel, gastro-entérologue à Lausanne. Nos sociétés accordant une importance accrue au bien-être – psychique et physique –, ces problèmes de santé se retrouvent désormais davantage sous le feu des projecteurs.

Dans les cabinets, les réactions à certains aliments semblent toutefois en hausse. Mais l’amalgame entre allergie et intolérance est fréquent. Il faut dire que les symptômes, le plus souvent des troubles digestifs, sont souvent similaires. Autre phénomène qui ajoute à la confusion: le «self-bannissement» de certains aliments de son quotidien, un effet de mode prôné surtout par des people américains comme Lady Gaga, Gwyneth Paltrow ou Oprah Winfrey, pour qui la dernière tendance du moment consiste à adopter un mode de vie «gluten free». Le tout en véhiculant auprès du grand public des messages erronés, en parant un tel régime d’exclusion de vertus amaigrissantes!

Apologie du «sans»

Une apologie du «sans» néfaste aux yeux de Nicoletta Bianchi, diététicienne au Service d’endocrinologie, diabétologie et métabolisme du CHUV, à Lausanne: «Se priver de certains aliments alors que la personne n’a aucune intolérance peut mener à des risques de carences, notamment en fibres, en minéraux et en vitamines.» Cette propension à l’orthorexie – soit l’obsession d’une nourriture présupposée saine  –, Paul Wiesel la constate également. «Certains patients qui viennent me consulter ont décidé d’exclure les produits avec gluten. Eh bien, je leur préconise, à leur grand étonnement, d’en manger de nouveau.»

Ces auto-diagnostics agacent Joëlle Leutwyler, présidente de l’Association romande de la cœliakie (ARC). Car 1% de la population souffre bel et bien de la maladie cœliaque et n’a d’autre choix que de suivre un régime sans gluten strict. Pourquoi? Parce que la muqueuse de l’intestin grêle se trouve endommagée par le gluten, empêchant l’assimilation de nombreux nutriments. Une exposition chronique à ce composant naturel de différentes céréales (blé, orge, seigle, épeautre, etc.) peut avoir des conséquences sévères, comme des troubles de la croissance chez les enfants. «Heureusement, les médecins, en particulier les pédiatres, sont aujourd’hui mieux informés sur cette maladie et pensent davantage à pratiquer des dépistages», note-t-elle.

Reste que l’invasion du gluten dans l’offre de l’industrie agroalimentaire – on en trouve non seulement dans le pain, les pâtes et les pâtisseries, mais aussi, et moins connu, dans les charcuteries, les plats précuisinés, les bonbons, les sauces, etc. – suscite des questions quant à ses effets potentiels sur la santé. Auxquelles les milieux scientifiques n’apportent pas vraiment de réponse pour l’heure. «On parle de sensibilité au gluten qui concernerait environ 30% de la population. Soit des personnes qui ne sont pas des malades cœliaques, mais qui semblent incommodées par le gluten», ajoute Paul Wiesel.

Les experts restent toutefois formels: inutile de se mettre en tête d’éviter tout aliment contenant du gluten, même si, effet placebo oblige, en particulier en cas de syndrome de l’intestin irritable, on a l’impression de se sentir mieux. Seule une consultation et un dépistage effectué par un professionnel de la santé, qui inclut notamment une gastroscopie – examen qui permet aussi un dédommagement de l’AI pour les enfants jusqu’à 20 ans –, donne un diagnostic précis. «Je dirai qu’un tiers des patients qui viennent en consultation n’ont pas un problème médical, mais une alimentation inadéquate. En mangeant mieux, ils vont mieux!» conclut Paul Wiesel.

En complément: l'enquête FRC sur le prix du panier sans gluten

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