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Edito – Décembre/Janvier 2018

5.12.2017

On ne joue pas les apprentis sorciers

Depuis la nuit des temps, certaines plantes – pas toutes, loin s’en faut – participent à notre bonne santé. Médication, bien-être, purification de l’air: leurs vertus sont multiples, leurs usages aussi. Reste à ne pas jouer les apprentis sorciers. Des réunions «à la Tupperware», organisées par des personnes dont on ne connaît pas les qualifications pour apprendre à se soigner avec des huiles essentielles d’origine américaine, cela ne va pas. Des préparations simplement piquées en self-service sur internet ou achetées sur un stand de marché de Noël pour remplacer sa pharmacie de poche, non plus. L’aromathérapie doit être prise très au sérieux, et aux consommateurs de se renseigner avec soin auprès de professionnels spécialisés reconnus pour acquérir des produits de qualité adaptés.

En France, les centres antipoison et de toxicologie reçoivent des appels impliquant une huile essentielle par centaines, selon le magazine 60 millions de consommateurs qui sort un hors-série sur le sujet (Se soigner sans ordonnance). A moindre échelle, la tendance s’observe aussi en Suisse. La plupart des victimes sont des enfants. Parce que les parents bien intentionnés privilégient pour eux des médecines douces. Mais les petits, comme les femmes enceintes et, dans une certaine mesure, certaines populations à risque, doivent user de ces substances avec la plus grande précaution.

Pour contrer les maux d’hiver, rien de tel qu’un peu d’Eucalyptus radiata, pensez-vous? Nous avons envoyé huit flacons au laboratoire pour en évaluer la composition. Dans l’ensemble, le résultat des analyses se veut rassurant. Mais nous avons tout de même trouvé des étiquetages lacunaires: pour plusieurs, les consignes de sécurité ne sont pas des plus explicites, et dans un cas, grave cette fois, il y a erreur sur la marchandise. Notre test aura au moins permis le retrait du produit à la vente, le temps de faire intervenir la correction.

Nos enquêteurs de terrain avaient une autre mission. Se rendant dans 34 pharmacies romandes, grandes chaînes et petites officines, ils ont volontairement choisi une huile essentielle inappropriée pour l’usage qu’ils souhaitaient en faire et ont demandé au professionnel si le produit convenait bien. C’était piégeux, oui. Et de nombreuses enseignes sont d’ailleurs tombées dans le panneau, démontrant des lacunes manifestes en aromathérapie. Là encore, le mérite de notre intervention aura été de rendre les professionnels de la branche attentifs à l’importance de suivre des formations complémentaires puisque le cursus standard du pharmacien n’inclut pas (encore) cette discipline.

Autre enseignement de cette enquête et qui vous touche plus directement: si les huiles essentielles vous intéressent, parlez-en à un pharmacien ou un médecin spécialisé. Et plutôt que de prendre un flacon et de passer directement en caisse, provoquez le dialogue pour être conseillé au mieux. C’est le premier garde-fou de votre santé.

Laurence Julliard

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