Evénement

Moins, c’est parfois mieux!

4.12.2019, Laurence Remy

La Salon Planète Santé a été l'occasion de discuter du dialogue entre le patient et son médecin ainsi que du dossier médical électronique. Une table ronde inspirante à laquelle participait la FRC.

Le Salon Planète Santé, c’est un peu la grand-messe annuelle de la discipline en Suisse, la FRC y était présente cette année encore à Martigny. Outre un stand présentant son combat contre les substances indésirables dans les cosmétiques, l’association a participé à différentes conférences et présentations. Le dimanche, Yannis Papadaniel, resonsable Santé à la FRC, prenait ainsi part à une table ronde sur le thème «Smarter medicine: moins, c’est parfois mieux!» Une nécessité dès lors que l’on parle de primes qui augmentent et de coûts de la santé qui explosent.

Pour commencer, le Professeur Jean-Michel Gaspoz présente brièvement l’association Smarter Medicine – Choosing Wisely Suisse qu’il préside. Elle a été créée en 2014 par diverses organisations médicales et paramédicales, en collaboration avec des organisations de patients et de consommateurs, dont la FRC et ses consœurs alémanique SKS et tessinoise ACSI. Ainsi, tous ces partenaires sont représentés au comité, à l’exception des assurances-maladie. En effet, la volonté de l’association est de préserver le processus de codécision entre le médecin et le patient de façon non contraignante.

Moins de psychotiques, moins de chutes

L’objectif de Smarter Medicine est de promouvoir une médecine plus efficiente, d’éviter la surmédicalisation et la prescription d’examens inutiles. En Suisse, selon Jean-Michel Gaspoz, 20% à 30% de ces derniers sont inutiles, voire délétères pour le patient. Par ailleurs un franc sur trois est gaspillé en actes médicaux injustifiés. En révisant certaines pratiques, un tiers des dépenses de santé pourrait ainsi être évitées.

Smarter Medicine a incité une douzaine d’organismes à édicter des listes indiquant les actes auxquels les médecins devraient renoncer ou ne les effectuer que sous certaines conditions strictes. Jean-Michel Gaspoz donne l’exemple de la gériatrie en EMS qui a appliqué avec succès les recommandations de la liste «Top 5» de sa branche. L’une de ces recommandations visait les prescriptions de psychotiques pour les personnes âgées agitées. Réduire les prescriptions a permis de faire baisser les risques de chute.

Cinq questions à son médecin

Les patients eux aussi sont invités à entrer dans la démarche! Ainsi une liste a été élaborée à leur intention, sous forme de cinq questions à poser à son thérapeute au moment de décider une prise en charge:

  • Y-a-t-il d’autres traitements possibles?
  • Quels sont les avantages et inconvénients du traitement?
  • A quels risques suis-je exposé?
  • Que se passe-t-il si je ne fais rien?
  • A quoi dois-je être attentif par ailleurs?

Monique Lehky Hagen, médecin et représentante de l’Académie suisse des sciences médicales, observe qu’il est parfois difficile pour le patient d’entrer dans ce rôle. Il ne s’agit pas de remettre en question les compétences du médecin. Mais en posant des questions, le patient devient codécideur et partie prenante de son traitement.

Le patient est-il prêt à entrer dans une telle réflexion? Au vu du montant des primes, ne veut-il pas en avoir pour son argent et exiger tous les examens ou traitements possibles et imaginables? Yannis Papadaniel souligne qu’en général, la tendance est plutôt au contraire à retarder la consultation, avec tous les problèmes que cela génère.

Dossier électronique du patient: meilleur suivi

Un petit test en direct valide ces propos. A la question «après une chute à ski, votre médecin ne vous prescrit pas d’IRM et vous propose de voir comment évolue la situation. Que faites-vous?», une écrasante majorité de l’assemblée a répondu accepter l’avis du médecin, très peu d’auditeurs ont indiqué vouloir changer de thérapeuthe pour obtenir cet examen malgré tout.

La question du dossier électronique du patient a aussi été soulevée dans le cadre de cette table ronde. En effet, cet outil  permettrait aux praticiens d’éviter la répétition d’examens et par voie de conséquence de diminuer les coûts. Sans oublier une meilleure appréhension du suivi médical de la personne, qui déciderait néanmoins selon son libre arbitre qui peut consulter ou non ses données.

Un débat sensible

Le débat est vif: certains craignent que les assureurs y aient accès, même si la loi prévoit expressément que ce n’est pas le cas. Du moins aussi longtemps que le peuple élit des politiciens qui soutiennent cette option, rend attentif Yannis Papadaniel.

Autre point discuté, les conséquences qui interviendraient si le patient gère lui-même les données, en refuse l’accès à certains praticiens, ou se lance dans le tourisme médical. Autant de situations qui rendraient le dossier électronique inutile.

En conclusion, il reste bien du chemin à parcourir. Autant les patients que les médecins ont des efforts à fournir. Il s’agit d’un changement profond des mentalités car il touche des sujets sensibles. En cas de maladie ou d’accident, l’émotion domine-t-elle? Le patient est-il prêt à entamer un dialogue avec son médecin?

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