Conférence

Echanger autour des perturbateurs endocriniens

23.1.2018, Laurence Remy

La FRC a proposé un café-santé particulièrement animé autour de ces substances chimiques préoccupantes en décembre dernier. Ce débat a clos un cycle de trois soirées autour de la santé des femmes qui a également porté sur l’hygiène intime et la cohorte de produits que l’on peut acheter, ainsi que sur l’innocuité (ou pas) des tampons. Retour sur événement.

Après le Café-philosophique ou le café-parents, voici le café-santé. C’est dans ce registre-là que la FRC s’est illustrée en automne 2017. Le débat autour  des substances chimiques préoccupantes a clos un cycle de trois soirées autour de la santé des femmes qui a également porté sur l’hygiène intime et la cohorte de produits que l’on peut acheter, ainsi que sur l’innocuité (ou pas) des tampons.

«Ils sont partout, ces perturbateurs, de l’alimentation aux cosmétiques: faut-il subir ou se battre?» Se battre, bien sûr, mais comment? C’est la réponse que sont venues chercher une cinquantaine de femmes (et un homme) à la conférence-débat organisée par l’association pour les droits des femmes et la FRC.

Sensibiliser la population

Sara Gnoni, présidente de ToxicFree, le rappelle: «Des perturbateurs endocriniens, il y en a notamment dans les tétines de biberons ou des lolettes destinés aux tout-petits, mais aussi dans les produits de douche comme dans d’autres cosmétiques, voire dans les boîtes de conserve ou dans les médicaments». Sara Gnoni le précise, ces molécules sont particulièrement dangereuses pour les femmes enceintes, car elles peuvent mettre en péril le développement du fœtus. Elles ont également des conséquences sur le développement des jeunes enfants et des adolescents. D’où l’importance de sensibiliser les médecins à ces substances, afin qu’ils soient attentifs et répercutent les informations auprès de leurs patients, notamment les futures mères et les parents. C’est notamment le rôle de ToxicFree, association dont le but est de sensibiliser la population et les médecins aux méfaits des produits chimiques ayant des impacts sur la santé humaine et l’environnement.

Et l’effet cocktail?

Davide Staedler, directeur scientifique du laboratoire Scitec, nuance les propos de Sara Gnoni: la science, à l’heure actuelle, ne peut pas établir de liens directs entre un perturbateur endocrinien en particulier et certaines maladies. En revanche, elle peut précisément indiquer la quantité d’une ou de plusieurs substances, et séparément, via des études, démontrer qu’elles ont des effets nocifs. «Ce qui est réellement dangereux, c’est l’effet cocktail, c’est-à-dire les effets multipliés entre eux de plusieurs substances», rappelle le scientifique. Et d’ajouter qu’à chacune des étapes des grands développements sociaux et techniques, il y a eu certes des avantages énormes mais aussi des effets pervers pas toujours maîtrisés sur le moment, dont on mesure aujourd’hui seulement les conséquences néfastes tant sur l’environnement que sur notre santé.

«En chimie, les progrès ont certes permis la mise au point de nombreuses substances utiles, notamment les médicaments. Dans ce domaine, c’est aux fabricants de respecter le principe de précaution en indiquant tous les effets secondaires potentiellement nocifs liés à l’emploi du médicament», souligne-t-il.

Mais il faudrait que dans tous les domaines de l’industrie, pas seulement celui des médicaments, les fabricants soient obligés d’indiquer tous les effets potentiellement dangereux pour la santé et l’environnement. Cela permettrait de prendre plus rapidement les mesures qui s’imposent, tant au niveau individuel que collectif et obligerait les fabricants à mener les études nécessaires pour les autres domaines de l’industrie chimique: par exemple, les pesticides, les engrais, les conservateurs, les cosmétiques.

Des outils concrets

Et les consommateurs là-dedans, sont-ils captifs ou peuvent-ils agir? Anne Onidi, spécialiste des tests à la FRC, invite à passer au concret: lire une étiquette et faire un choix éclairé est possible. A l’aide d’une liste de substances indésirables, l’assemblée déchiffre l’étiquette d’un produit de douche à la carambole. Elle y apprend que les noms latins indiquent la présence d’une substance naturelle, alors que les noms anglais correspondent à une molécule chimique. Surprise dans cet exemple concret: la lecture nous apprend qu’il n’y a aucune trace de carambole, en revanche, ce produit contient des substances irritantes et allergènes.

Dans la salle, l’inquiétude de l’auditoire est palpable. Il y a aussi le souci de savoir ce que chacun peut faire pour se protéger et pour limiter les dégâts. Les intervenants rassurent et relativisent: oui, nous baignons dans ces molécules car elles sont partout, dans l’air que nous respirons, dans les produits que nous utilisons au quotidien, dans les aliments que nous mangeons. Mais le consommateur peut intervenir. Individuellement, en choisissant des produits qui contiennent le moins possible de substances chimiques; en consommant des aliments issus de l’agriculture biologique, sans pesticides. Collectivement, en soutenant des actions qui visent à faire changer les lois; ToxicFree et la FRC sont là pour démontrer que c’est possible. Car le cadre législatif a déjà été modifié, comme la Loi sur la protection des eaux. Mais il reste bien du pain sur la planche

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