21.10.2011, Elisabeth Kim
Dans le canton de Berne, Migros inaugure des caisses "zéro bonbon". Après une phase test, le concept s'étend outre-Sarine. A quand la Suisse romande?
« C’est une très bonne initiative, j’en suis ravie. Aussi bien pour ma fille de 8 ans que pour moi-même! » s’exclame une jeune maman venue faire ses courses en ce début du mois d’octobre. La Bernoise, tout comme de nombreuses familles de la région, est l’une des premières clientes de Migros à bénéficier d’un service d’un nouveau genre dans la filiale de Schönbühl, non loin de la capitale helvétique. A savoir la possibilité de passer par une Familienkasse dénuée de bonbons, de chocolats et autres douceurs habituellement accessibles aux petites mains des enfants.
C’est dans un gigantesque centre commercial, Shoppyland que l’opération « zéro bonbon » a débuté l’an dernier. A l’origine, une idée de la Stiftung für Konsumentenschutz (SKS), le pendant de la FRC en Suisse alémanique, qui a trouvé un certain écho auprès de la direction de Migros Aar, la plus grande société coopérative du géant orange. A la tête du projet, Reno Berner. « Une petite enquête auprès de 200 familles a fait ressortir quatre exigences, explique-t-il. La majorité estime que les sucreries sont à bannir des caisses, car source de stress. Et elle souhaite un couloir plus large pour circuler plus facilement avec le caddie, ainsi que de quoi occuper les enfants, notamment avec des jeux. »
Ce sera chose faite au printemps. Désormais, deux caisses du supermarché de Schönbühl – sur les 22 que compte le MMM – ont troqué les présentoirs de sucreries contre diverses promotions, comme des mouchoirs en papier. Tapis roulant et couloir plus large, socle pour que les bambins puissent donner un coup de main, petit espace de jeux à proximité… La formule semble séduire, puisque, toujours selon un sondage interne de Migros Aar, 97% des parents interrogés applaudissent. A noter que le distributeur n’en perd pas pour autant son sens des affaires, puisque ces caisses familiales font largement honneur à Lilibiggs, sa marque pour les juniors, dont les personnages se retrouvent imprimés sur les petits sacs en papier donnés aux enfants…
Une zone si rentable
Et si la société coopérative bernoise affirme que le manque à gagner en termes de chiffre d’affaires en confiserie s’avère minime, gageons que les fabricants ne l’entendront pas de cette oreille si ce genre d’initiative est appelée à se multiplier. Selon une étude publiée en janvier par l’allemand EHI Retail Institute, mandaté par les firmes de chewing-gums et de barres chocolatées Wrigley et Mars, le chiffre d’affaires annuel au mètre carré des présentoirs aux caisses peut atteindre 32 000 euros, soit six fois plus que la moyenne des surfaces dans un supermarché européen! Et dans cette zone très rentable, les cigarettes représentent les ventes numéro un, suivies par les sucreries, achats impulsifs par excellence.
La tendance, si elle n’est pas un raz-de-marée, fait peu à peu son nid. Ainsi, Migros Aar étendra le concept à 11 autres filiales d’ici fin novembre. « D’autres sociétés coopératives, à Lucerne, à Zurich, en Suisse orientale, se montrent intéressées, ajoute Reno Berner. Nous n’avons, en revanche, reçu aucune demande de la part des Romands. » De son côté, la FRC compte bien interpeller les distributeurs. De nombreuses familles romandes ont en effet appelé de leurs voeux des caisses sans stress ni malbouffe.