FacebookTwitterPrintMail Bactéries ESBL dans la volaille

Il n’est pas beau votre poulet…
30.04.2012

Un test réalisé par Kassensturz révèle la présence de bactéries résistantes aux antibiotiques sur les filets de poulets. Des résultats similaires ont été obtenus en Hollande.

Photo: Shutterstock / Tatik22

Photo: Shutterstock / Tatik22

Début mars, l’émission suisse alémanique Kassensturz envoie vingt échantillons de volaille achetés à  Migros, Coop, Lidl, Aldi et Spar au laboratoire. Résultat accablant: neuf des filets testés – presque la moitié des échantillons – contiennent des germes résistants aux antibiotiques, dont six sur dix provenant d’Allemagne et trois sur dix issus d’élevages suisses. Ces bactéries, affublées de l’acronyme ESBL (pour bétalactamase à spectre étendu), produisent des molécules qui déjouent les antibiotiques. Normalement, ces germes sont désactivés par la cuisson de la viande, mais il existe un risque que ces bactéries s’installent dans notre tractus digestif ou que, même mortes suite à la cuisson, transmettent leur gène de la résistance aux bactéries présentes dans notre corps.

Les antibiotiques : un fléau européen

Les antibiotiques sont parfois utilisés dans les élevages d’animaux comme stimulateurs de croissance. En effet, l’administration à faibles doses de certaines molécules antibactériennes permet d’augmenter le poids des animaux et d’améliorer le rendement des exploitations. Cette pratique est en principe interdite en Suisse et en Allemagne, comme partout en Europe. Toutefois, dans l’aviculture, comme dans tout élevage, il arrive que des animaux tombent malades et  des médicaments sont alors ajoutés à l’eau potable destinée aux bêtes pour les soigner ou de manière préventive. La différence entre usage thérapeuthique et stimulation de la croissance est parfois ténue. Les journalistes de Kassensturz révèlent que de nombreux élevages en Allemagne abusent de ces médicaments.

De leur côté, nos confrères hollandais de Consumentenbond ont conduit une étude similaire, avec des résultats identiques. Face à cette situation, ils ont lancé une campagne sur Twitter pour protester contre l’utilisation excessive des antibiotiques.

Des conséquences désastreuses pour les patients

Problème, lorsque ces antibiotiques sont administrés à faibles doses de manière répétée, les bactéries formant la flore naturelle de ces animaux développent d’autant plus facilement des résistances. En clair: tout ce qui ne tue pas une bactérie la rend plus forte.

Dans la plupart des cas, les bactéries ESBL sont inoffensives, mais ce phénomène contribue à une augmentation globale de la résistance bactérienne aux antibiotiques. En effet, ce sont les mêmes molécules sont utilisés aussi bien dans les élevages de volaille qu’en médecine humaine.

Pour les infectiologues, il s’agit d’une question de temps avant que la population devienne elle aussi porteuse de ces mêmes bactéries résistantes. Avec des conséquences dramatiques: à long terme les infections comme les cystites ou les plaies bénignes risquent de ne plus pouvoir être soignées par les médicaments disponibles dans les hôpitaux. Au siècle passé, les antibiotiques  constituaient de véritables remèdes miracles contribuant à prolonger l’espérance de vie. Aujourd’hui ces mêmes traitements mettent en danger la santé. Les chimistes l’ont toujours su: c’est la dose qui fait le poison, mais dans ce cas précis, c’est à petite dose que le poison est distillé dans notre alimentation.

Huma Khamis

Les Helvètes aiment le poulet dans leur assiette

Les suisses consomment 11 kilos de viande de volaille par an, et, pour la première fois cette année, la volaille prend la seconde place dans le classement des viandes les plus consommées dans notre pays derrière le porc, et reléguant le bœuf à la troisième place. Prisée pour sa viande pauvre en graisse et riche en protéines et en vitamines, le poulet et ses proches cousins gallinacés sont le plus consommés à la maison, tandis que la viande de bœuf se consomme plus au restaurant.

Pour couvrir ces demandes en viande blanche, près de la moitié des poulets consommés en Suisse sont importés, essentiellement du Brésil, de l’Allemagne et de la France.La viande originaire du Brésil entre principalement dans la composition des plats préparés, dans les rayons des magasins, tandis que le poulet frais entier ou en filet arrive principalement de l’Allemagne et de la France.

Si la viande est importée d’un pays qui n’interdit pas l’utilisation d’antibiotiques comme stimulateurs de croissance (et que l’importateur ne peut pas prouver qu’elle provient d’un élevage renonçant à ces pratiques), l’emballage doit porter une mention sur l’étiquette «peut avoir été produit avec des antibiotiques et/ou d’autres substances antimicrobiennes comme stimulateurs de performance ».