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D’où provient mon essence?
02.02.2016

© kaband/shutterstock.com

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«Je veux connaître l’origine du carburant que j’achète car je refuse de subventionner l’Etat Islamique qui se finance en grand partie par le pétrole. La caissière de ma stationservice n’en sait rien, et je ne trouve aucune info sur le web.» Mélanie C.

FRC | Vous avez raison: l’Etat islamique (EI) finance en grande partie ses activités grâce à la contrebande du pétrole extrait des puits que l’organisation contrôle en Syrie et, dans une moindre mesure, dans le nord de l’Irak. Selon diverses enquêtes sur le terrain, les barils passent par les filières kurdes en Turquie, où une partie est ensuite exportée en Europe et via le port de Ceyhan.

En Suisse, 5,7% du brut proviennent d’Irak, selon l’Union pétrolière. Son origine est certifiée et le produit traçable, ne serait-ce que pour que le raffineur évite les hydrocarbures de mauvaise qualité. Toutefois, maquiller une origine reste possible (mélange avec un produit certifié ou falsification du certificat d’origine, facilitée par la corruption parfois).

Surtout, la Suisse importe 56% de son pétrole sous forme de produits finis. Officiellement, 99,9% viennent des pays de l’Union européenne, mais le brut n’est évidemment pas européen. Il faudrait donc remonter chaque filière pour savoir auprès de qui s’approvisionne chaque importateur pour pouvoir affirmer (ou non) la présence de pétrole de l’EI, ce qui nécessiterait des enquêtes poussées.

Du côté des stations-service, le réseau Socar, par exemple, achemine majoritairement son brut d’Azerbaïdjan. Et lorsqu’il achète du pétrole dans le golfe Persique, il vient d’une région où l’EI n’a pas d’emprise. Votre station-service n’affiche effectivement aucune information sur la provenance de son essence. Seule solution: poser la question directement au siège social puis remonter la filière.

 

 

Laurianne Altweg