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DISTRIBUTION Le scandale de la nourriture jetée

Une enquête britannique démontre l'ampleur du gaspillage dans la grande distribution et avance de nouvelles pistes pour consommer moins et mieux.

La quantité de nourriture produite mais non consommée dans le monde est trois fois plus importante que ce qu'il manque au milliard d'êtres humains qui ne mangent pas à leur faim. C'est ce que dénonce une enquête britannique*. «Waste: Uncovering the global food scandal» (Déchets: révéler le scandale de l'alimentation), de Tristram Stuart, sorti en juillet dernier, dénonce l'organisation de l'industrie agroalimentaire qui implique de jeter la nourriture produite dans des proportions hallucinantes.

Songez au fait que les rayons des supermarchés sont pleins jusqu'à la fermeture pour ne pas dissuader les acheteurs; que les fournisseurs des supermarchés sont prêts en tout temps à répondre à une demande fluctuante en produisant toujours trop; que, pour être certain que tous les club-sandwichs se ressemblent, on est prêt à jeter une part substantielle de chaque pain de mie utilisé; que les dates de péremption des aliments prévoient des marges de sécurité très importantes...

Même si la complexité de la distribution et de la consommation rend difficile tout chiffrage précis, au moins un tiers de la nourriture produite n'est jamais mangée par des humains. La Suisse n'est pas une exception «On jette énormément», explique Marie*, vendeuse dans la grande distribution en Suisse. «Je trouve dommage qu'on doive toujours remplir les rayons avec trois sortes de pain jusqu'à la fermeture. Ensuite, on doit les j eter. Et on jette aussi énormément de fruits et de légumes.» Notre pays ne fait donc pas exception. Si les chiffres évoqués en Suisse sont inférieurs aux 25 à 40% de fruits et légumes jetés, selon Tristram Stuart, en Grande-Bretagne, il n'en demeure pas moins qu'une quantité phénoménale d'énergie et de ressources est dépensée pour la nourriture... pratiquement en pure perte. L'arsenal législatif empêche heureusement de voir ces déchets finir à l'incinérateur: ils sont «valorisés» par des filières bien développées. Une partie encore consommable est parfois soldée pour les employés, puis donnée à des entreprises qui la redistribuent à des associations caritatives. Une fois passée la date de péremption, d'autres circuits sont impliqués. L'affouragement, d'abord. Mais différents scandales alimentaires ont eu raison de cette filière dans bien des pays d'Europe.

Nourrir les cochons avec les restes est autorisé en Suisse à des conditions strictes, mais son interdiction revient régulièrement sur le tapis. De plus en plus, les déchets organiques sont utilisés pour faire du compost ou du biogaz, réinjecté dans le réseau de gaz naturel ou utilisé comme carburant, la Suisse, l'Allemagne et la Suède étant, à cet égard, citées en exemple par l'auteur de l'enquête. Même s'il ne suffirait bien sûr pas de moins jeter pour éliminer la malnutrition, Tristram Stuart montre qu'un transfert des ressources s'opère sur le marché mondial et que des solutions devraient être mises en oeuvre pour gaspiller moins.

Un effort auquel chacun peut d'ailleurs contribuer, puisque le contenu de nos poubelles domestiques est organique pour environ un quart, au sein duquel la nourriture gaspillée forme la plus grande partie. * Prénom d'emprunt

*Tristram Stuart, «Waste - Uncovering the global food scandal», Penguin, 2009, 451 pages. Actuellement non traduit en français

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