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Alli obtient le sésame pour entrer en Suisse sans ordonnance

La pilule censée aider à maigrir devrait être en vente dès l'an prochain en pharmacie.

alliControversée depuis sa sortie aux Etats-Unis en 2007, la pilule Alli débarque en Suisse en janvier. Le premier médicament censé aider à maigrir vendu sans ordonnance est précédé d'une réputation pour le moins sulfureuse. Ce qui n'a pas empêché Swissmedic, l'autorité compétente en matière de vente de médicaments, d'autoriser sa commercialisation. Tant le fabricant Glaxo Smithkline que Swissmedic ont confirmé à FRC Magazine que l'homologation avait été accordée.

La progression du surpoids et de l'obésité dope la créativité des industriels alléchés par le nouveau marché du poids. Tisanes, crèmes ou compléments alimentaires sont de plus en plus assortis, du moins pour les publicitaires, de propriétés amincissantes. Les spécialistes considèrent généralement que seule une alimentation saine, accompagnée d'une activité physique suffisante et d'une volonté ferme de perdre du poids permet de contrôler sa silhouette, et surtout de ne pas reprendre les kilos perdus.

Alli, demi-dose du Xenical

Variante allégée du Xenical vendu par Roche comme traitement contre l'obésité, Alli contient la même substance active, l'orlistat, mais en quantité moindre (60 mg au lieu de 120 mg). Que sait-on de son efficacité? Selon l'agence européenne des médicaments, les essais cliniques montrent que les utilisateurs d'Alli avec un indice de masse corporelle supérieur ou égal à 28 avaient perdu, au bout d'une année, 4,8 kilos, contre 2,3 pour le groupe à qui on avait donné un placebo. Si on soustrait l'effet du placebo, reste une perte de poids de 2,5 kilos attribuable à Alli. Toujours attiré par Alli? Il faut ajouter que ses effets sont parfois… fâcheux. En effet, les graisses dont Alli empêche l'absorption continuent leur chemin dans le système digestif, et plutôt rapidement. Sous le doux euphémisme d'effets digestifs indésirables, Alli promet de grands moments de solitude: pertes huileuses, flatulences grasses, «urgences fécales »… Le fabricant conseille, sur certains sites promotionnels, d'emporter des vêtements de rechange au travail, le temps d'apprendre à gérer.

Des vertus «éducatives»

Cet effet secondaire est présenté par le laboratoire comme un moyen de changer son mode de vie: les «dommages collatéraux» seraient de nature à éduquer les patients à manger moins gras. Or sans réflexion sur les raisons d'un surpoids, le risque est grand d'une reprise des mauvaises habitudes après l'arrêt du traitement. Ce traitement, s’il est vendu sans contrôle et sans ordonnance, fait peser sur l'acheteur une responsabilité énorme: ce dernier peut, ou même doit évaluer tout seul son état pour savoir si le traitement lui est nécessaire, et si sa santé lui permettra de le supporter.

Des enquêtes déjà menées dans les pays où Alli est en vente montrent notamment que les acheteurs sont, pour une part non négligeable, des personnes sans surpoids (voir ci-contre). Cependant, les spécialistes ne sont pas unanimes. Le principal effet secondaire, c'est-à-dire la diarrhée subie en cas d'absorbtion de graisses, est perçu par certains comme «éducatif». Pour le Pr Alain Golay, médecin-chef du service d'enseignement thérapeutique pour maladies chroniques aux Hopitaux universitaires de Genève, l'arrivée d'Alli est une bonne nouvelle: «L'un des tout premiers moyens pour perdre du poids c'est de manger moins de graisses. Mais énormément de gens ne savent pas que ce qu'ils mangent est très gras. Comme l'orlistat provoque des diarrhées huileuses, ils apprennent très vite à détecter les graisses dans l'alimentation.» Luc-Olivier Erard, Valérie Legrand Germanier, Carole Pirker

Le conseil à la vente, mal respecté en Europe, selon une enquête de Which?

Même si Alli est une version allégée d'un médicament bien connu depuis de nombreuses années, la question de sa commercialisation agite les professionnels. On le voit, le produit n'est pas sans susciter quelques controverses. En France, et de manière générale en Europe communautaire, la question est tranchée: Alli est vendu en pharmacie, mais les professionnels sont censés encadrer la vente dans un processus assez strict. Questions aux acheteurs potentiels, vérification du poids, etc. Or une enquête de nos confrères britanniques de Which prouve que la plupart du temps ce protocole n'est pas respecté en Grande-Bretagne. Marcel Mesnil, secrétaire général de PharmaSuisse, ne s'en étonne guère: «Les médicaments vendus sans ordonnance sont tellement banalisés en Grande- Bretagne que, pour le public, c'est la même chose que de la lessive.» Mais Marcel Mesnil précise aussi que la situation en Suisse n'est pas comparable, puisque «des études concernant notamment la pilule du lendemain, vendue sans ordonnance par le pharmacien en personne à la suite d'une consultation standardisée, montrent qu'en Suisse les recommandations de ce type sont largement respectées par les pharmaciens.» L.-O. E.

>> Le magazine britannique Wich?

>> Le thème Alimentation

 

 

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