No 50: Juillet 2012
03.07.2012
Pour une diététique des pubs
L’édito d’Elisabeth Kim, rédactrice en chef
Signe des temps, il aura fallu attendre le début des années 2000 pour que le néologisme «malbouffe» fasse son entrée dans les dictionnaires Larousse et Petit Robert. Une définition qui marque la reconnaissance officielle d’une plaie sociétale jusqu’alors reléguée à la responsabilité individuelle. Or, il est difficile aujourd’hui, études internationales à l’appui, d’en ignorer l’ampleur dans les pays industrialisés. Et les conséquences d’un trop-plein de sucre, de sel ou de matières grasses: surpoids, obésité et maladies corollaires, hypertension, diabète et troubles cardiovasculaires en tête.
Cible privilégiée de la malbouffe? Les enfants. Selon les chiffres, ils seraient un sur cinq à souffrir d’un tour de taille trop important en Europe, proportion qui grimpe à un sur trois aux Etats-Unis! Des petits consommateurs d’autant plus fragilisés qu’ils sont plus crédules face aux publicités de la junk food, malheureusement non identifiées comme telles, déversées quotidiennement dans les médias. Ce n’est donc pas un hasard si la First Lady américaine, très active dans la campagne pour soutenir la réélection de Barack Obama, en a fait son cheval de bataille. Parmi ses nouveaux alliés de poids, Walt Disney, propriétaire du réseau de télévision ABC, qui veut supprimer les publicités pour la malbouffe dans les programmes télé, radio et internet destinés aux plus petits.
Cette volonté de marketing plus moralisé existe également en Suisse. Pour l’heure, onze entreprises agroalimentaires ont signé, de manière volontaire, Swiss Pledge, s’engageant à ne pas diffuser de spots pour des denrées peu diététiques durant les émissions favorites des juniors. Une initiative bienvenue car, comme le démontre l’enquête exclusive publiée dans cette édition de FRC Mieux choisir, menée sur 671 heures de télévision et près de 13 000 spots, l’alimentation pèse lourd dans les programmes pour enfants. Reste que cette prise de conscience de l’économie doit être mieux encadrée – en particulier en matière d’arbitrage indépendant de ce qui est un «aliment sain» –, étendue à d’autres firmes et, enfin, adaptée à la publicité sur internet. Un gros chantier.
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