No 45: Février 2012
07.02.2012
L’édito d’Elisabeth Kim, rédactrice en chef
Jeans sous toutes les coutures
Uniforme par excellence de la modernité, le jean ne cesse de nous coller à la peau depuis plus de soixante ans. Chacun en possède plusieurs paires dans son armoire. Et on peut compter sur la créativité des stylistes pour que le must have de la prochaine saison se révèle si furieusement tendance qu’il sera difficile de s’en passer… Cela dit, un tel engouement mondial – on parle de 5 milliards de pièces fabriquées chaque année – ne saurait, on s’en doute, n’avoir que des impacts riants sur la planète et les humains qui l’habitent.
Raison pour laquelle ce numéro de FRC Magazine consacre un test, élaboré en collaboration avec ses partenaires européens, portant sur l’éthique du denim. Treize grandes marques internationales ont été interrogées sur les conditions de travail de leurs ouvriers, les codes de conduite adoptés auprès de leurs fournisseurs, le respect des standards environnementaux, en particulier l’utilisation des produits chimiques, et l’accès aux informations par les consommateurs.
Surprise. Contrairement aux idées reçues, des géants de l’habillement bon marché, H&M et Zara en l’occurrence, font plutôt figure de bons élèves, même si leur marge d’amélioration reste notable. Les enseignes suédoise et espagnole, tout comme Levi’s ou G-Star Raw, acceptent dans tous les cas de jouer le jeu en ouvrant les portes de leurs usines, une transparence que n’afficheront malheureusement pas sept firmes textiles sollicitées par les associations de consommateurs.
Et pourtant, cette branche ferait bien de laver plus blanc. L’été dernier, Greenpeace a dénoncé les ravages causés par l’industrie textile, en particulier du côté des équipementiers sportifs. En témoigne le rapport Dirty Laudry (Linge sale), qui détaille comment les fournisseurs chinois des grandes marques occidentales polluent les rivières en rejetant des produits chimiques toxiques. Sous la pression, plusieurs multinationales, dont Nike et Puma, promettent de revoir leur système de production. Autre combat mené par les ONG, dont la Déclaration de Berne en Suisse: celui du sablage des jeans, qui vieillit certes joliment le tissus, mais tue les délaveurs de Chine, du Bangladesh ou du Pakistan, dont les poumons sont mortellement atteints.
A nouveau, que peuvent bien faire les consommateurs contre ces dérives? L’action, ou plutôt la non-action, la plus simple reste toujours de mise: ne pas surconsommer.
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