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La vente en vrac? Un jeu d’enfant!
05.07.2016

Seuls deux commerces sur cinquante ont refusé de servir nos clients mystères dans leurs propres contenants. Or rien n’interdit la pratique. Enquête.

Epicerine fine, mais aussi cosmétiques et détergents: l’assortiment s’élargit. Jean-Luc Barmaverain

Epicerine fine, mais aussi cosmétiques et détergents: l’assortiment s’élargit. Jean-Luc Barmaverain

Acheter en vrac, un phénomène de société récent qui s’installe en Suisse, dans le sillage de la tendance «zéro déchet». Ces derniers mois, plusieurs commerces spécialisés dans ce domaine ont ouvert leurs portes en Suisse romande. Mais le vrac, c’est aussi un retour dans le passé, avant l’arrivée du tout-emballé.

Cinquante magasins testés

Une enquête réalisée conjointement par Coop et la Société Suisse de Nutrition, en février 2011 déjà, démontrait un intérêt de la clientèle pour le vrac: 88% des sondés valorisaient cette manière de consommer, car elle leur permettait d’acheter exactement la quantité désirée. Quant à l’argument écologique (moins d’emballages qui gonflent la poubelle), il était cité par 51%. Les Romands y étaient plus sensibles que les Alémaniques.

La demande est là. Mais l’offre suit-elle? Les magasins traditionnels ont-ils franchi le pas? Nous avons envoyé les enquêteurs de la FRC sous couvert d’anonymat dans 50 commerces romands (grande distribution et discounters) afin de le vérifier. Ils avaient pour mission d’acheter des fruits et des légumes en vrac ainsi que des petits pains au rayon boulangerie en libre-service, et de les placer directement dans des cabas en tissu réutilisables au lieu des sacs en plastique mis à disposition.

Résultat: un franc succès! Aucun enquêteur n’a essuyé de refus complets. Au contraire, l’initiative a souvent été saluée. «La caissière a trouvé mes sacs super et a noté la référence, affirmant vouloir s’en procurer car elle était contre le gaspillage d’emballage», note l’enquêtrice qui a visité les commerces de la région de Sierre. Notre client mystère du côté de Genève a également eu droit à des encouragements. Même s’ils ont pu parfois rencontrer quelques regards incrédules face à la démarche, la majorité des enquêteurs s’est déclarée parfaitement à l’aise, certains étaient même motivés à continuer sur cette voie.

Plus délicat: le fromage

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Consultez nos adresses de vente en vrac sur la carte

Autre étape de la visite: présenter une boîte en plastique refermable au vendeur du rayon fromages à la coupe afin qu’il y place directement 100 grammes de gruyère. Là, l’accueil a été plus mitigé. Chez Globus et Manor, pas de problème, même si pour cette dernière enseigne, la vendeuse du magasin de Genève a commencé par refuser, puis est allée voir son responsable avant de s’exécuter. Chez ces distributeurs, le plus souvent, la tare a été effectuée avec le contenant venant de l’extérieur.

A Migros, certains employés ont joué le jeu, tout en expliquant qu’«en principe», ils étaient tenus d’emballer la boîte en plastique dans un sachet. A Marin-Centre, à Neuchâtel, le personnel a en revanche emballé le fromage avant de le placer dans le contenant, déclarant n’avoir pas l’autorisation d’agir différemment. Lors de la plupart des visites chez le géant orange, la pesée s’est effectuée sur un morceau de papier… qui finissait directement à la poubelle. Drôle de réflexe et un déchet facilement évitable en pesant le produit directement dans la boîte du client! Coop a été la seule enseigne qui n’est pas entrée en matière. A deux reprises, en ville de Fribourg et au centre Les Entilles, à La Chaux-de-Fonds. Dans les deux cas, les vendeurs ont invoqué des normes d’hygiène. Vraiment?

L’hygiène, pas un argument

Contactés après les visites, les magasins ont pu prendre position. Et là, surprise: les vendeurs de Coop, les seuls à avoir refusé de se conformer au désir du client, étaient en réalité les seuls à avoir obtenu le feu vert officiel de leur employeur (lire encadré). Suite aux résultats de notre enquête, le distributeur a promis de faire circuler à nouveau la directive y relative. Une victoire contre les emballages inutiles, donc.

D’autant plus que l’argument avancé par le personnel de vente pour justifier son refus, à savoir les normes d’hygiène, ne repose pas sur une base légale, selon Didier Ortelli, adjoint du chimiste cantonal de Genève. «Toute la législation concernant l’hygiène d’une denrée alimentaire va jusqu’à la remise au consommateur, explique le spécialiste. La responsabilité du vendeur s’éteint à la remise de la marchandise et est transférée au consommateur.» En conclusion: un client qui amène son propre contenant au magasin en assume la responsabilité.

Notre enquête prouve donc que les mentalités évoluent, même si le classement récent de la motion de Buman, qui visait à interdire les sacs à usage unique – motion fortement soutenue par la FRC –, montre que le chemin à suivre pour réduire les emballages superflus est encore long. Mais qui dit achat en vrac dit logistique imparable: pas question de faire vos courses sans cabas en tissu, bocaux ou boîtes en plastique, pour la viande, le poisson ou le fromage ainsi que des sacs réutilisables pour les fruits, les légumes, le pain, les céréales et les fruits secs. C’est tout un programme, certes, mais qui pourrait bien entrer dans les moeurs. D’ailleurs, notre enquêtrice valaisanne, prise au jeu, a fait l’exercice dans le magasin de son village. «Le gérant a trouvé que c’était une très bonne initiative en faveur de l’environnement et du futur de nos enfants. Il a engagé toute une conversation à ce sujet. A moi l’auréole!» La sensibilisation paie… Un geste bientôt devenu automatisme?

Distributeurs

Les directives internes bougent
Coop est le premier distributeur à avoir établi une directive concernant les clients qui amènent leurs propres contenants en magasin. Si la boîte en plastique apparaît comme visuellement propre, le vendeur est autorisé à y placer la marchandise. Par contre, les contenants en verre, porcelaine ou céramique sont refusés en raison des risques de bris. De son côté, Manor met actuellement en place une directive encourageant les collaborateurs à accepter ce type de demandes. Globus n’a pas édicté de règles spécifiques. «Mais si un client amène ses propres contenants, nous les utiliserons évidemment.» Chez les discounters Denner, Aldi et Lidl, le client peut faire ses achats comme il le souhaite: soit avec les sachets mis à disposition ou avec ses propres sacs. Migros, de son côté, déclare «observer attentivement l’évolution de ce marché» mais n’a pas donné d’instructions particulières. «Même si, comme vous avez pu le constater, pour certains fromages à pâte dure, l’application est plus souple, ceci étant dû à la nature plus stable du produit.» A la traîne, le géant orange…

 

Conseil

Coller l’étiquette sur sa pomme, quelle drôle d’idée!
Acheter un fruit, et y coller l’étiquette de la balance directement dessus. Le geste est de plus en plus répandu. Mais est-il anodin? Les objets destinés à être en contact avec les aliments doivent être labellisés. Or aucune indication ne figure sur l’autocollant de la balance. La colle utilisée convient-elle aux denrées alimentaires? Interrogés, les distributeurs affirment qu’elle est sans danger. Spécialiste alimentation à la FRC, Barbara Pfenniger n’est pas convaincue, dans la mesure où la législation n’a rien prévu à ce propos. Mais «les distributeurs vont souvent au-delà des règles légales minimales». Autre élément, Bio Suisse édicte des règles très strictes concernant les autocollants apposés sur les fruits et légumes bio vendus en vrac. Ces efforts laissent à penser que les étiquettes qui ne répondent pas à cette charte peuvent être moins sûres… Aussi, en cas de doute, abstenez-vous. Collez vos étiquettes sur un fruit à peler (banane ou orange) ou sur votre liste de courses. Et lavez soigneusement vos achats avant de les consommer.

En parlant de pomme, retrouvez-la sous toutes ses couleurs et variétés ici.

 

Consultez nos adresses… et participez!

Les adresses en vrac en un clic sur notre carte interactive
La FRC a lancé une vaste campagne de récolte d’adresses vendant du vrac. Du chocolat aux pâtes en passant par les produits d’hygiène et les plats à l’emporter. Retrouvez ces bons plans sur notre carte interactive sur frc.ch/les-alternatives. La carte fait également état – c’est une nouveauté – de nos adresses réparation et textile. Sélectionnez la catégorie désirée, et les points de vente les plus proches de chez vous s’affichent sur le plan.

Vous pouvez également toujours nous soumettre de nouvelles adresses via le formulaire créé pour l’occasion.

Sandra Imsand - coll. Sophie Reymondin