Métaux lourds
Cadmium: où en sommes-nous?
En France, une part croissante de la population présente dans les urines une quantité trop importante de cadmium, métal lourd toxique. Qu'en est-il en Suisse?
20 avril 2026, Mis à jour le 06 mai 2026
Juliette Ivanez
Responsable Alimentation
Les médias ont largement fait état de la contamination massive de la population française au cadmium. Qu'en est-il de la Suisse? État des lieux.
Pourquoi le cadmium est-il problématique?
Le cadmium est classé comme cancérogène, mutagène (susceptible de provoquer des mutations de l'ADN) et toxique pour la reproduction. En cas d’exposition prolongée, il provoque des atteintes rénales, avec le risque à terme d’une insuffisance rénale et d’une fragilité osseuse. D’autres effets indésirables ont aussi été identifiés au niveau neurodéveloppemental et cardiovasculaire.
Comment sommes-nous exposés?
Principalement par l’alimentation, l’environnement, le tabac et les objets de consommation courante – par exemple des bijoux fantaisie, des protections menstruelles ou plus récemment des verres décorés.
Pourquoi certains aliments contiennent-ils du cadmium?
En ce qui concerne les produits céréaliers, on sait qu’en France, ce sont principalement les engrais phosphatés qui sont à l’origine de la contamination des sols: ces fertilisants sont fabriqués à base d’une roche qui contient parfois naturellement beaucoup de cadmium. Ce composé issu de la pierre se retrouve alors dans l’engrais, puis dans les champs et enfin dans les denrées en bout de chaîne. Qu'en est-il de l'agriculture biologique? En bio, les engrais phosphatés ne sont pas interdits. Mais Bio Suisse ne les recommande pas, et précise qu'ils sont de facto peu utilisés, les exploitations concernées étant quasiment autonomes en engrais de ferme ou en compost.
Concernant le chocolat, dans certains pays où sont cultivées les fèves de cacao, les sols sont naturellement riches en cadmium, ce dernier migrant directement dans la plante.
S’agissant des objets usuels comme les bijoux, ce sont là les procédés industriels qui peuvent engendrer la contamination.
Quelle est la situation en Suisse?
La présence de cadmium est strictement réglementée dans les sols, dans l’eau, les denrées et les objets usuels. Mais trop peu de données existent pour évaluer précisément la problématique du cadmium en Suisse.
Cadmium dans le sol
Via son observatoire des sols, l’OFEV a analysé la présence de cadmium dans les sols suisses entre 1985 et 2019. Période sur laquelle la concentration de cadmium affichait alors une tendance à la baisse globale, c'est-à-dire sur l’ensemble des sites. «D’après les résultats actuellement disponibles, on n’observe pas en Suisse une pollution comparable à celle constatée en France», précise l’office. Existe-t-il des données plus récentes? «Les échantillons pour la période 2020-2024 sont en cours d'analyse et les résultats ne sont pas encore disponibles», précise l’OFEV, qui relève dans le même temps qu’une actualisation des valeurs limites pour le cadmium dans les sols est en cours de considération.
Qu’en est-il des engrais phosphatés?
Pour l’OFEV, la principale voie d’introduction de cadmium dans les sols est bien l'utilisation d'engrais phosphatés. Sur ce point, la Suisse semble mieux armée, car elle applique une valeur limite sévère, de 50mg de cadmium par kilo de phosphate, là où le seuil français est de 90mg et l’Union européenne tolère jusqu’à 170mg. Toutefois, en 2021, une campagne du laboratoire cantonal bernois relevait qu’un engrais phosphaté sur 6 vendus en Suisse ne respectait pas la valeur limite. Interrogée par la FRC, l’Union Suisse des Paysans se dit surprise, et exige une application rigoureuse des seuils légaux.
Et dans les denrées alimentaires?
C’est le grand angle mort de notre récolte d’informations. L’OFAG précise n’avoir «pas connaissance d'études récentes qui examinent systématiquement les teneurs en cadmium dans certains aliments en Suisse». Pour l’OSAV, compétent en la matière, c’est avant tout les entreprises qui ont la responsabilité de s’assurer que leurs produits répondent aux exigences légales et sont sûrs. L’office en charge de la sécurité alimentaire examine tout de même la possibilité de procéder, sur les produits céréaliers importés, à des contrôles aux frontières visant à détecter la présence de cadmium.
La population est-elle exposée?
Dans le cadre de la phase pilote de l’Étude suisse sur la santé, des échantillons sanguins collectés en 2020 et 2021 ont été analysés, la mesure du cadmium dans le sang permettant de jauger une exposition récente. La population suisse était alors exposée dans le même ordre de grandeur que les habitants d’Italie et d’Allemagne. Interpellé récemment par la FRC, l’OFSP estime toujours que ces résultats sont «globalement rassurants et indiquent une exposition limitée dans la population étudiée». Malheureusement, pas de données plus récentes à grande échelle: en 2025, arguant le coût, le Conseil fédéral a annulé la poursuite cette étude, qui ambitionnait de suivre une large cohorte à l’échelle nationale. Depuis, les seules données collectées sur le cadmium sanguin sont celles de l’étude «menuCH-Kids», menée par l’OSAV sur les 6-17 ans, et dont les résultats ne sont pas attendus en 2027. Aucune autre enquête n'est prévue de la part de la Confédération.
En France, les analyses ont porté sur le cadmium présent dans les urines qui, contrairement au cadmium sanguin, est un indicateur de la charge corporelle chronique. Ces deux biomarqueurs ne sont ainsi pas directement comparables, précise l’OFSP. En Suisse, la dernière mesure à grande échelle du cadmium urinaire parmi la population remonte à 2012.
Que faire au niveau individuel pour limiter son exposition?
Nos confrères de Que Choisir Ensemble (nouvelle raison sociale de l'UFC Que Choisir, ndlr) donnent quelques pistes, certaines concordant avec les recommandations nutritionnelles suisses:
- Arrêter ou réduire le tabac.
- Limiter la consommation de produits très contaminés par le cadmium: coquillages, algues, abats, chocolat.
- Réduire la consommation de produits sucrés à base de blé tels que biscuits, gâteaux, céréales du petit-déjeuner.
- Réduire la consommation de biscuits salés et chips.
- Privilégier le label bio pour les produits végétaux.
- Adopter un régime équilibré, assurant de bons apports en fer et en calcium (qui protègent l’organisme des méfaits du cadmium), en particulier:
- en augmentant sa consommation de légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots secs, etc.)
- en mangeant 2 à 3 portions de produits laitiers et une poignée de graines, noix, noisettes ou amandes chaque jour
- en intégrant à son alimentation les poissons gras (sardine, anchois, harengs, maquereau, etc.)
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