FacebookTwitterPrintMail Etude

La consommation engagée telle que vous la voyez
04.12.2012

Fin 2011, votre association s’alliait à l’Université de Neuchâtel pour lancer une vaste enquête sur les habitudes de consommation de ses adhérents. Morceaux choisis.

François Hainard: «Cette recherche fait ressortir que la consommation est perçue et vécue, à juste titre, comme un acte foncièrement politique et éthique.» (Photo: DR)

François Hainard: «Cette recherche fait ressortir que la consommation est perçue et vécue, à juste titre, comme un acte foncièrement politique et éthique.» (Photo: DR)

Il y a un an, l’Institut de sociologie de l’Université de Neuchâtel mettait sur pied une grande enquête destinée à mieux cerner les habitudes de consommation des adhérents de la FRC. Vous avez été très nombreux à répondre à un questionnaire électronique de 85 questions, et ce pour la plus grande satisfaction des 36 sociologues en herbe coachés durant deux semestres universitaires par François Hainard, directeur de l’Institut de sociologie, et ses deux collaboratrices, Amaranta Cecchini et Sabine Jacot.

Le taux de participation a été jugé excellent par ces derniers, à savoir près de 29% de réponses provenant des 8648 consommateurs de la FRC ayant été sollicités via e-mail, permettant à cette enquête une certaine représentativité. «Au final, 2517 questionnaires ont été jugés suffisamment complets pour faire l’objet d’une analyse», précise le rapport, que vous pourrez lire dans son entier sur notre site internet.

Merci aux adhérents de la FRC d’avoir consacré du temps à cette étude de qualité. Sa dimension pédagogique, d’une part, a permis aux étudiants de confronter leurs hypothèses à la réalité en se familiarisant avec les outils statistiques. Elle a été, d’autre part, source d’enseignements précieux pour l’association quant aux prochains combats, éthiques, politiques et économiques, à mener.  Elle inspirera des dossiers à faire paraître dans FRC Mieux choisir.

Retrouvez le rapport complet de l’étude


Pour une caisse publique

Les ratés de la LAMal en auraient-ils découragé plus d’un? A en croire l’enquête, près de la moitié des sondés (48%) ont conservé la même assurance de base que l’année précédente, sans même étudier d’autres offres. De manière générale, les assurés ont opté pour les franchises les plus basses et les plus hautes (300 francs et 2500 francs); les personnes les plus aisées et les mieux formées privilégiant ces dernières. Quant au type d’assurance, ils ont choisi à 49% le modèle traditionnel et à 51% les produits alternatifs. Une forte majorité est favorable à la caisse publique (79%), défendue notamment par la FRC. En ce qui concerne les complémentaires, 57% des répondants ont une assurance pour des médecines complémentaires, 42% une assurance hospitalisation et 37% une assurance lunettes.


Différencier les types d’achats

Les sensibilités varient, en toute logique, en fonction du type de produits. Dans l’alimentation, 91% des sondés affirment se renseigner sur la provenance des produits alimentaires, qu’ils mettent comme premier critère d’achat, suivie par la manière de produire. A noter aussi que l’étude consacre un volet au budget alimentaire. La majorité (53%) des répondants y consacrent entre 600 et 1199 francs par mois. Et plus le ménage comprend de membres, moins les dépenses alimentaires par personne sont élevées. Dans le domaine du textile, autre branche analysée par les étudiants en sociologie, les critères esthétiques et de qualité priment sur une production éthique et responsable lorsqu’il s’agit de choisir un vêtement. Peut-être en raison du manque d’information dans ce domaine…


Les déchets au cœur des préoccupations

Serait-ce l’effet des dernières opérations de la FRC, soit le suremballage en 2011 et le gaspillage alimentaire en 2012?  Quoi qu’il en soit, 84% des sondés ont à cœur d’éviter les déchets lors d’un achat, faisant preuve d’une sensibilité écologique très marquée en amont, et 98% trient leurs poubelles. Les motivations doivent être cherchées du côté de la protection de l’environnement (96%), la proximité des points de collecte (57%) et la taxe au sac (25%).


Les labels, si appréciés et méconnus

Les consommateurs, à 92%, achètent des produits labellisés, jugeant, dans leur grande majorité, que la présence d’un logo sur l’emballage est importante. Reste que les motivations sont plutôt subjectives («je fais confiance», «j’ai l’impression de consommer plus sain»…), car seul un tiers des sondés connaît réellement le cahier des charges du label concerné. L’influence de ce dernier relève donc plus du ressenti, voire de la confiance accordée à une fime, que d’une véritable connaissance de cet outil marketing de choix.


Devenir un consommateur qui connaît ses droits

Un consommateur n’a pas que des devoirs; il a aussi des droits, qu’il ne maîtrise pas forcément. Les sondés connaissent bien le droit à l’information, mais beaucoup moins celui à la réparation des torts, à un environnement sain ou à la sécurité. Les  personnes interrogées estiment à 48% qu’il est difficile, voire très difficile, de faire valoir ses droits dans le e-commerce. Et, sans surprise, plus l’âge est élevé, plus cette proportion augmente. Autre information: les moyens utilisés par les consommateurs pour se défendre. Ils sont 88% à dire qu’ils font recours au service après-vente d’une entreprise, 75% au boycott,  61% à la signature de pétitions et 35% à la FRC!


Non à l’obsolescence programmée

Les adhérents de la FRC ont une forte conscience de l’obsolescence programmée: 83% estiment que les appareils fonctionnent moins longtemps et 89% considèrent ce phénomène anormal, même si cela se traduit par des prix plus bas. Seuls 22% des sondés se contentent de jeter les articles hors d’usage; 57% demandent réparation ou remplacement au service après-vente et 50% font réparer à leurs frais! Quant à l’obsolescence psychologique – le fait de remplacer un article en parfait état de marche car perçu comme démodé  –, elle ne touche que modérément nos adhérents (1% en ce qui concerne les appareils électroménagers et 9% pour le téléphone portable).


Entre idéaux généraux et pratique

De manière globale, les adhérents de la FRC manifestent un intérêt marqué pour la consommation engagée. Cependant, cela ne se traduit pas systématiquement dans la pratique. Ainsi, seuls 53% des répondants déclarent avoir déjà renoncé à un achat pour des raisons éthiques. Et si 82% se disent prêts à payer plus cher pour un produit d’origine helvétique, 43% avouent finalement n’acheter suisse que si le rapport qualité-prix s’avère avantageux… Reste que la consommation engagée se révèle forte en Suisse, comparée à d’autres pays, selon une enquête citée dans l’étude neuchâteloise.


La FRC, un rôle moteur

L’avis de la FRC pèse-t-il sur les choix de ses adhérents? Oui, peut-on lire avec plaisir dans cette enquête: ils sont 70% à juger cet impact important ou très important! Ils sont sensibles à l’éthique sociale des firmes et agissent, puisque 56% renoncent à certains achats après s’être informés auprès de la FRC, en particulier dans l’alimentation. Dans ce domaine, 96% des sondés estiment manger de manière  équilibrée, ne fréquenter que très peu les fast-foods et privilégier les produits non transformés (74%).

Elisabeth Kim